Communiqué de presse Mai 2002  


Comment évolue Halloween ?

 

1. Halloween 2001 a eu lieu dans un contexte bien particulier.

2. Le déroulement de Halloween 2001

3. Derniers débats autour de Halloween

4. L'apport d'Halloween




1. Halloween 2001 a eu lieu dans un contexte bien particulier.

Halloween 2000 avait connu un succès extraordinaire : innombrables étaient les communes, écoles, associations de commerçants, groupes de copains, boites de nuit, bars et restaurants à fêter Halloween. Le succès de la fête était tel que nombreux étaient ceux qui cherchaient des explications. Sur le plan du " business " de la fête, l'optimisme débordant des industriels et commerçants qui a suivi les succès de Halloween 98 et 99 avait dépassé ce qui était raisonnablement absorbable par le marché. Aussi, il y eut des invendus notamment dans les produits non - alimentaires : déguisement et décoration d'Halloween.

Au niveau du déroulement économique de l'année 2001, les sommets d'activité atteints fin 2000 ont laissé place à un rythme plus faible de croissance qui a provoqué une reprise lente et continue du chômage à partir de février - mars 2001. Aussi, vers mai - juin les entreprises ont ralenti les achats donc les distributeurs ont commandé moins de produits pour Halloween bien que les indicateurs de programmation de fêtes d'Halloween étaient au moins comparables à ceux des années précédentes.

Les attentats tragiques du 11 septembre 2001, attribués à Ben Laden et son organisation Al-Qaida, ont accéléré le ralentissement économique mondial : arrêt brutal des voyages aériens de tourisme et d'affaires, crainte d'autres attentats qui ont vidé les centres commerciaux, arrêt de nombreuses manifestations économiques, sportives ou tout simplement festives. La chasse et la destruction des bases terroristes de Ben Laden en Afghanistan ont fait craindre un élargissement du conflit. Enfin les " attaques " par le bacille du charbon (appelé " anthrax ") en octobre ont contribué à un mouvement de panique général lié à une possible et mystérieuse guerre bactériologique.

On peut ajouter que les médias croyaient savoir que des attentats étaient probables aux Etats-Unis à l'occasion de Halloween et du marathon de New York (premier dimanche de novembre) et contribuaient ainsi à ce que les gens ne sortent pas de chez eux pour Halloween ... Le soupçon de bases de réseaux terroristes liées à Al-Qaida en Europe (la mise au jour ne vint que plus tard) faisait supposer que l'Europe pouvait être aussi la cible de tels attentats !



2. Le déroulement de Halloween 2001

Aux Etats-Unis pour Halloween, un sondage Gallup pour USA Today et CNN indiquait que 63% de la population fêteraient Halloween en 2001 contre 65% en 2000 : la baisse probable de participants est donc relativement faible. [Ce chiffre de 63% est à comparer aux 31% de familles françaises qui fêtent Halloween - Groupe J/TMO novembre 1999 qui lui est élevé pour un pays connaissant Halloween depuis 2 ou 3 ans]. Considérant en fait que Halloween était avant tout une fête de générosité et de chaleur humaine, Halloween ne fut pas interdit. A New York, le thème du défilé fut le Phénix, l'oiseau qui renaît de ses cendres … Pour faire face à la crainte de l'anthrax, il a été recommandé de ne distribuer que des bonbons à emballage scellé et ne les accepter que de gens que l'on connaît. Il faut noter que les ventes ne se sont pas effondrées en octobre 2001 : Wal-Mart a indiqué une progression de son chiffre d'affaire de 6,7% à périmètre constant.
Sur un tout autre registre, il est à noter que la nuit d'Halloween était une nuit de pleine lune … conformément au nouvel an celte …

En France, les grands acteurs de communication notoirement américains que sont Mc Donald's, Coca Cola, Disneyland Paris on sensiblement baissé leur niveau de communication pendant cette période, comme d'ailleurs l'ensemble des annonceurs. Signe des temps, la " Halloween Techno Party 3 " qui remplit le Zénith a été annulée " pour des raisons de sécurité ".

Si la communication publicitaire a été moins " voyante ", la promotion de produits pour la fête d'Halloween n'en n'a pas moins été très dense. Nestlé avec Smarties, le groupe Mars (Snickers, Mars, Twix), la marque " Halloween " d'Optos-Opus notamment en confiserie ont été les 3 acteurs majeurs. D'autres marques très variées ont été présentes comme Chupa Chups, Orangina Rouge, les Trouillardises de Cadbury, BN, Babybel, Kinder Surprise, les bâtons de surimi Coraya, les salades Martinet, Carambar, Kréma, etc. qui ont fait des promotions à l'occasion de la fête d'Halloween. Même La Poste a mis en vente un timbre à l'effigie de Halloween illustré d'une citrouille au sourire phosphorescent ! Les promotions prévues pour Halloween 2002 laissent à penser que le marché d'Halloween - le " business d'Halloween " - connaît une réalité économique certaine et significative pour les commerçants.

Quant aux potirons, la Collective des fruits et légumes note en 3 ans une augmentation de 20% des surfaces - surtout en Poitou - et de 38,7% de la production !

Sur le marché français, le lancement du film "Harry Potter" programmé pour décembre 2001, commençait à l'occasion de Halloween par le développement du merchandising du film, c'est à dire la vente de produits à la marque " Harry Potter " : biscuits, friandises, déguisements, décoration, jeux, etc. Pour cette promotion très dense certaines enseignes de commerce comme Toys'R'Us ont partagé l'espace consacré à Halloween avec les produits " Harry Potter ". La donnée économique " Harry Potter " ne permet pas de mesurer le marché des déguisements et décorations d'Halloween de 2001.

Jamais depuis 1997, année de la connaissance grand public de Halloween en France notamment par l'opération " Olaween " de France Télécom et la vente du Samain chez 1000 boulangers-pâtissiers, ou plus précisément depuis la " Guerre du Golfe " de début 1991, l'époque n'avait été jugée aussi morose par les consommateurs.

Diminution par les commerçants des achats de produits spécifiques pour Halloween, baisse brutale des investissements de publicité, mise en place du merchandising " Harry Potter " … ont contribué à baisser la perception de Halloween. Les médias eux-mêmes en ont moins parlé.

Halloween moins visible, mais Halloween fêté comme les années précédentes.

Les communes ont maintenu leurs défilés, les boites de nuit, bars et restaurants se sont félicités de leur activité, les commerces ont connu une pointe d'activité significative sur les rayons alimentaires plus que sur les déguisements - décoration. De toute évidence, Halloween en quelques années est entré dans le calendrier des fêtes commerciales comme la saint Valentin et la saint Patrick.



3. Derniers débats autour de Halloween

Rarement dans les temps contemporains, une fête a déclenché autant de passion sauf peut-être l'installation du Père Noël dans l'immédiat après-guerre.

Les opposants à Halloween se retrouvent en 3 familles principales et leurs opinions ont évolué :

  • la famille religieuse y a vu d'abord une concurrence à la Toussaint et un retour au paganisme. En 2000 et 2001 sa réponse est dans la réappropriation de la Toussaint " redonner un sens familial et joyeux à la fête de la Toussaint " d'après Mgr André Vingt-Trois archevêque de Tours et du Jour des Morts.
  • la famille anti-américaine, typiquement française, dans un rapport " je t'aime, moi non plus " avec les Etats-Unis, soit tiers-mondiste, soit souverainiste. Depuis le 11 septembre et les élections présidentielles de 2002, cette famille - sauf ses extrêmes - exprime des nuances nouvelles moins systématiques, plus réalistes, moins frileuses.
  • la famille religieuse intégriste qui en tout état de cause s'oppose à toute évolution de la société. La page "Attention à la désinformation" détaille les méthodes de désinformation utilisées.

D'autres refusent Halloween comme ils refusent les fêtes à date fixe comme Noël, la fête des Mères ou la saint Valentin, ou tout panurgisme (la Coupe du Monde de football ou le Tour de France parce que c'est populaire).

En 2001, Halloween est très majoritairement acceptée et ne suscite presque plus de commentaires.
Ainsi, l'église cherche à positiver Halloween et y réussit.
Dans " La Croix " du 31 octobre 2001, la rubrique " Parents et Enfants " consacre près de 3 pages à Halloween (" Halloween et la Toussaint peuvent-elles cohabiter ? ") recommandant l'enseignement et l'explication de la Toussaint versus Halloween. En apprenant leurs différences, on comprend mieux chaque fête.
Ainsi, dans " L'Homme Nouveau " (21 octobre 2001), le Père Paul Préaux conclut un article par : " Et si la fête d'Halloween était finalement pour les chrétiens une chance à saisir ? … en nous permettant de reprendre conscience que si " les âmes mortes reviennent tourmenter les vivants ", c'est peut-être pour leur rappeler leur responsabilité vis à vis d'elles-mêmes. … "
D'après le journal " La Provence ", le curé de Malaucène, le Père Emmanuel Berger, a répondu astucieusement à Halloween en organisant un grand jeu de l'oie sur le thème des Saints avec les enfants de la paroisse déguisés en Saints. Cette idée excellente a été gâchée en organisant une procession déguisée à 18 heures avec distribution de friandises … le jour d'Halloween !

Dans le contexte du 11 septembre et dans cette réflexion entre Halloween et la mort, Bernard Crettaz, président de la Société d'études thanatologiques, cité par " Le Temps " (30 octobre 2001) dit " ce qui me frappe actuellement, c'est que cette cascade d'événements tragiques induit peu de réflexion sur la mort ". Il avait dit auparavant, répondant sur l'accompagnement de fin de vie, le séisme du sida, les nouveaux rituels de la mort (crémation plus commune) : " je ne pense pas que Halloween est une expression de cette mode de la mort ".
Ainsi, le devoir d'explication de la différence entre Halloween, la Toussaint et la fête des Morts est totalement justifié.

On est loin des propos d'un maître de conférence de l'université ayant colonnes ouvertes dans " Le Monde " (27 octobre 2000) qui attribuait à Halloween les mots " … satanisme … pires sectes … paganisme gothique … rituel d'exorcisme barbare … consommation de la terreur … Halloween a valeur d'exorcisme … ". L'auteur écrivait " Halloween confirme que la mondialisation est une américanisation : imaginez-vous les petits Blanchard et les jeunes Dupont fêtant le nouvel an chinois et croquant des loukoums dans les salles obscures ? ". A l'aune du premier tour de l'élection présidentielle française, ces propos laissent songeur …

Halloween 2002 est supposé être une fête comme les Halloween précédents. Bien entendu, rien ne laisser supposer en mai 2001 que des attentats comme ceux du 11 septembre puissent exister. Aujourd'hui, en mai 2002, on ne peut que souhaiter que rien de tel ne se répète. En tout état de cause, Halloween est semble-t-il définitivement entré dans le calendrier des fêtes.


4. L'apport d'Halloween

Halloween a apporté :

  1. Une fête d'un caractère nouveau dans le calendrier, une fête populaire et familiale caractérisée par la stimulation de l'imagination et du jeu, la générosité et la convivialité.
  2. La prise de conscience de l'importance et du rôle de la Toussaint et de la fête des Morts.
  3. Le réveil réel de Carnaval soit par réaction, soit parce que l'on a constaté que le déguisement - d'autant plus s'il est thématique - fonctionne.
  4. Et d'une manière plus générale, une réflexion sur l'origine des fêtes et leur expression d'autant que ces dernières années ont vu l'éclosion de fêtes nouvelles comme la saint Valentin (venue des Etats-Unis), la saint Patrick (venue d'Irlande), le nouvel an chinois notamment appropriées par les moins de 40 ans.